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La culpabilité

” D’abord, j’ai presque regretté de ne pas être morte avec Céline dans cet accident. Pourquoi un tel déchirement ? Cela m’aurait évité de vivre avec en tête de telles questions. J’avais alors de fortes envies de suicide. ” Agnès

” Comment a-t-elle pu attraper cette terrible maladie ? Elle n’était jamais malade, c’était une enfant robuste et rien ne pouvait laisser supposer une telle tragédie. Nous voudrions savoir comment cette maladie est venue en elle, mais même les médecins ne peuvent nous répondre. C’est notre enfant, nous en étions responsables et nous avons été impuissants, nous l’avons laissée partir. Comment ne pas se sentir coupables ? ” Jean-Michel et Marie-Agnès

Un commentaire

  1. Parmi toutes les émotions du deuil, celle-là est peut-être la pire, et je sais que je mourrai avec. Personne ne pourra la déloger de moi, elle est un poison lent qui me dévore, elle est mon accompagnatrice de tous les jours, elle me sussure combien j'ai été incapable et inutile.
    la culpabilité et son lot de revisites systématiques du passé, son lot de pensées accablantes, et quand elle recule, il ne faut pas bien longtemps pour qu'une photo, un souvenir la ravive.
    Mes souvenirs sombrent à force de ne pouvoir y accéder, tellement c'est douloureux. Se souvenir sans douleur est impossible, alors mes souvenirs sont submergés, je n'y ai presque plus accès. Je vais finir par avancer sans mémoire, finir sans identité. Un autre genre de démence.
    La culpabilité, à l'image du mal de vivre de Barbara, je la connais bien, elle a été ma compagne ennemie toute ma vie, mais avec la mort de mon fils, elle a superbement trouvé sa place, elle est fière de pouvoir monopoliser l'espace.
    J'attends que tout s'éteigne, je suis vraiment trop fatiguée de tout cela et de tout ce sentiment de vacuité, dont la profondeur n'a d'égal que ma souffrance. Aucun plaisir ne se prend longtemps, il se cogne à ce qui aurait été possible et qui ne l'est plus, se distinguant de la simple nostalgie par la morsure effroyable que cela me fait dans la tête et dans le corps.
    De mon époux, je parviens à me souvenir avec plaisir, c'est parfois doux, réconfortant. De mon fils, chaque souvenir est une torture, et je vis comme un poisson hors de l'eau, je suis déracinée, morte vivante, à côté de tout, hors de tout.
    Ca va faire 7 ans, bientôt, déjà, je ne parviens à me dire que je ne l'ai pas touché depuis 7 ans.
    La souffrance appelle sa copine, la culpabilité, et moi, au milieu, je me recroqueville, je m'efface, je pourris lentement dans ce statut de non vie.

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