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Bernard Chambaz et les anges

Entretien avec Laure Adler - France Inter - 3 sept. 2019

Aux morts pour qu’ils vivent Aux vivants pour qu’ils aiment Joseph Delteil (citation en exergue du roman)
Laure Adler dans son émission L’heure bleue du 3 septembre 2019 interroge le romancier, poète et historien, Bernard Chambaz à l’occasion de la sortie au Seuil, de son dernier livre: "Un autre Eden", récit littéraire qui mêle avec délicatesse la vie de Jack London à celle de Martin, son fils mort à 16 ans, il y a 24 ans. Martin est né le même jour que le célèbre écrivain à un siècle d’écart. Martin aurait eu 40 ans, Jack London est mort à 40 ans.
C’est ainsi que Bernard Chambaz décide de relier les deux événements dans ce roman qui est autant une biographie romancée de Jack London, qu’un hommage à l’écrivain qu’il admire :
"Le nom de Matin Eden retentit comme un coup de cymbales et une sommation. Depuis 24 ans ils sont inséparables. Il était temps de les mettre de plain-pied, ensemble, courant à perdre haleine dans les ravines, devisant gaiement…" Ces deux-là, ce sont Martin le fils et Jack London l’auteur.
Dans "Un autre Eden", Bernard Chambaz les rassemble dans une fluidité de mots qui visent l’universel. Il restitue la beauté du monde en parcourant le Canada, toujours à vélo, les 5000 kilomètres que Jack London a parcourus à 18 ans le menant à Vancouver.
Dans ce très bel entretien vivant, parfois joyeux et tout en délicatesse, Laure Adler conduit Bernard Chambaz, lui qui fait l’expérience d’une douleur inconsolable, à s’exprimer ainsi : "Au bout d’un temps, le deuil est compatible avec la joie. La moitié de notre être est calcinée, l’autre moitié est ouverte à la joie".
Bernard Chambaz dont la voix se brise quand Martin redevient très proche, Bernard Chambaz, lui qui appelle "bienheureux ceux qui marchent dans le fouettement furieux des ailes de l’ange" conclut l’entretien par un : "Finalement le monde, il est beau !" et le livre, en exprimant sa gratitude pour tous les auteurs qui l’ont nourri, les vivants et les morts. dominique D.
Voir la présentation de l'émission sur le site de France Inter en cliquant ici Pour écouter directement l'émission, utiliser le lecteur ci-dessous

 

Après la mort d’un enfant, de l’expérience du vide à une autre manière d’aimer

Enregistrement de la conférence de Lytta Basset - Paris - 14 janvier 2019

Lytta BassetLytta Basset est accompagnante spirituelle, elle s’adresse à ceux qui cherchent à mettre du sens, à ne pas rester seuls dans le vide, à aller à la rencontre d’eux-mêmes. Si cette théologienne et professeur d'université a su trouver appui sur la religion, c'est pour toujours ajouter : "Le chemin de vérité qui mène à une Vie plus forte que l’irréparable n’est pas l’apanage des croyants, pas même des adeptes de telle ou telle religion".
Son fils Samuel s'est suicidé en 2001. Aujourd'hui, la parole et les nombreux écrits (*) de Lytta Basset traduisent son chemin de vie. Ils touchent souvent au plus profond d'eux-mêmes ceux qui la lisent ou l'écoutent, tant ils leur donnent le désir d’exister. Elle exprime cette forte conviction qu'elle a chevillée au corps : "Nous nous approprions d’autant plus ce qui nous est arrivé que nous le partageons avec d’autres. Et l’on est jamais autant auteur responsable de sa parole qu’en la rendant publique."
(*) Ce lien qui ne meurt jamais, Oser la bienveillance, La source que je cherche

Abécédaire d’un parent endeuillé

Enregistrement de la conférence lecture de Catherine Servin - Paris - 9 juin 2017

Abécédaire Catherine ServinDe “A” comme “Allo” ou “Annonces” à “Z” comme “Zen”, en passant par “H” comme “Hasard” ou encore “P” comme “Pleurer”, Catherine Servin nous invite dans son livre, Abécédaire d’un parent endeuillé, à un parcours de lecture vagabond, allant d’une lettre vers une autre en ne suivant l’ordre alphabétique que si on le désire ou on le peut. Les mots font écho, réveillent des souvenirs, dessinent un chemin incertain mais plein d’espoir. A l’image du parcours du deuil, la reconstruction est tâtonnante mais possible.

A l’issue de l’assemble générale d’Apprivoiser l’Absence de juin 2017, Catherine Servin a répondu aux questions d'Olivier Milot et a lu quelques passages de son livre. Elle dévoile ainsi ce qui l’a conduite à écrire ce livre, explique comment les mots de son abécédaire se sont imposés à elle et pourquoi il lui a semblé nécessaire de proposer cette autre approche de ce qu’est le deuil.
Pour écouter l'enregistrement de cette soirée, utilisez le lecteur ci-dessous.

Rencontre autour d’Agathe

Conférence de Didier Pourquery - Paris - Enregistrée le 2 juin 2016

Didier Pourquery A l’issue de notre assemblée générale de 2016, Didier Pourquery, journaliste et écrivain, est revenu sur le délicat chemin de son deuil. Pour affirmer qu’en dépit du temps, l’amour d’un père pour sa fille disparue ne passera jamais.
Dans le livre L'été d'Agathe, les mots n'ont pas fait revivre Agathe, morte de la mucoviscidose à l’aube de sa vingt-troisième année. Didier Pourquery n’en attend nulle consolation, il a juste accompli la tâche de préserver le souvenir de sa lumineuse Agathe qui, au long de sa courte existence, ne s’est jamais départie de son énergie et d’une belle force intérieure, face à la maladie, “préférant vivre sa mort que mourir sa vie”. Pas de pathos, pas d’enjolivements de la réalité, Didier Pourquery chemine avec sa fille non sans crainte, mais avec un amour intact.

Pourquoi, après des années, avez-vous ressenti la nécessité d'écrire ce livre ?
Didier Pourqery : Je suis un compulsif des notes. Toute la vie d'Agathe est dans mes notes. Après sa mort, j'ai voulu reprendre le travail tout de suite [...] Mais j'ai été rattrapé par cette absence. Je me suis dit qu'il fallait que je fasse quelque chose. J'ai commencé un travail avec une analyste extraordinaire [...] J'avais des choses à régler, je l'ai fait pendant six ans. Et le travail d'analyse, à un moment donné, s'est mué en un travail de création. J'ai eu besoin d'écrire ce livre à partir de mes notes. Pour parler d'Agathe. C'était une obligation comme si c'était quelque chose que je lui devais, que je devais à notre famille. Comme aurait dit Agathe : "Obligé, tu vas écrire un livre".

Dans ce livre, vous évoquez le jour où son médecin lui a dit qu'il n'y avait plus rien à faire. Et elle vous écrit : comment continuer de penser ?
Didier Pourqery : On est dans l'absurde, même si je suis croyant, il y a une part d'absurde. Mais on avance, comme le disait toujours Agathe [...] On avance jusqu'à un certain point. Le jour où j'ai décidé d'aller voir un psy, c'est lorsque j'ai pris conscience que tous les soirs après le travail, je montais sur la terrasse, je sortais une cigarette, je regardais vers l'ouest et je pleurais [...] Je pensais mais quelque chose était bloqué. Aujourd'hui, à nouveau, j'aime les projets, j'aime faire naître des choses.

Ecoutez l'intégralité de ce témoignage passionnant avec le lecteur audio ci-dessous.

Ecrire pour se souvenir de son enfant

Enregistrement de la conférence de Sophie Daull - Paris - 13 avril 2016

Sophie Daull Sophie Daull, comédienne, a été au centre d'une soirée de notre association. Son livre des derniers jours et de l'après, Camille, mon envolée, est plus que le simple témoignage d'une mère endeuillée. C'est le roman d'une résistance à l'insupportable. Un texte d'une belle qualité littéraire qui renvoie à Philippe Forest et son Enfant éternel et rappelle l'importance des mots face à la perte et au deuil.
Pour écouter l'enregistrement, aller en bas de cette page.
Au cours de cette soirée, Sophie Daull a cité les textes suivants :
- La Fin, extrait du recueil La Jeune Lune de Rabîndranâth Tagore
"Mère, il est temps de m’en aller. Je m’en vais. Lorsque l’obscurité mourante fera place à l’aube solitaire et que, de ton lit, tu étendras les bras vers ton bébé, je dirai : "Bébé n’est pas là". Mère, je m’en vais."

- Les Vagues, Virginia Woolf, traduit par Marguerite Yourcenar, p. 948/949 dans l'édition des Romans et Nouvelles (oeuvres complètes), Livre de Poche, collection Pochotèque

- Patience dans l'azur, Paul Valery, extrait d'un plus long poème Palme, dans le recueil Charmes (1922)
"Ces jours qui te semblent vides
Et perdus pour l’univers
Ont des racines avides
Qui travaillent les déserts."

- Sur les bois oubliés quand passe l'hiver, Stéphane Mallarmé, extrait du recueil Poésies (1899)
"Sur les bois oubliés quand passe l’hiver sombre
pour revivre il suffit qu’à tes lèvres
J’emprunte le souffle de mon nom
Murmuré tout un soir"

- Christian Bobin, Noireclaire, Gallimard 2015, collection Blanche et La Plus que Vive, Folio n°3108, p.32-33

- Gabriel Zaid, La poesia en la pratica, Mexico, Fondo de Cultura Economica, 1986, p. 69. In Lire le monde de Michèle Petit, Editions Belin, 2014, p. 133.
"Ni la maladie, ni le malheur, ne font des gens des créateurs. Si c’était le cas, les famines produiraient des génies affamés.
Au contraire, être créateur c’est un certain mode de refus de la souffrance. Un refus créateur qui transfigure la souffrance en action, l’oppression en communion, la nécessité en liberté. La souffrance, l’oppression, la nécessité cessent d’être des circonstances malheureuses pour devenir des opportunités créatrices."

Enfin, Sophie Daull recommande ce livre : Le Temps de la Consolation, Michaël Foessel, Editions du Seuil, collection l'Ordre Philosophique.