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La culpabilité, mon alter ego

femme-tristeFace à la perte de tous nos repères, face au gouffre du vide et de l’absurde, la culpabilité peut nous aider à rétablir, durant un temps, une vision ordonnée et plus sûre du monde. Après la mort d’un proche, en particulier d’un enfant, notre vulnérabilité est si grande que nous pouvons transformer n’importe quelle pensée, sentiment ou souvenir en culpabilité. Dans le processus de deuil, faire face à cette culpabilité est essentiel car tout ce qui mine notre estime de nous-mêmes, envahit notre espace intérieur et repousse sans cesse le temps de la “guérison”.

Le passé au temps présent

En tenant compte du fait que le deuil se fonde sur une relecture du passé, il est souvent impératif de mettre en cohérence notre vécu antérieur avec les informations dont nous disposons aujourd’hui. Un dialogue intime incessant accroît alors notre tendance à reconstruire les faits passés à la lumière du présent et nous leur attribuons rétrospectivement un sens qu’ils n’avaient pas nécessairement initialement. Pour renforcer le tribunal de notre culpabilité, nous omettons d’avoir à l’esprit que nous n’avions pas, au moment des événements, les moyens de leur donner le sens qu’ils ont aujourd’hui.

La culpabilité, une obsession qui nous ronge

Confrontés à la perte irrémédiable, nous nous adressons souvent des reproches et nous avons tendance à nous comparer aux autres qui ne vivent pourtant pas la même situation. L’auto-flagellation s’accompagne aisément d’une accusation. Les “j’aurais dû” et les “si seulement” nous tourmentent indéfiniment. Ce dialogue intérieur se répète à l’infini et nous laisse totalement épuisés. Par ailleurs, la culpabilité peut facilement devenir obsessionnelle quand on n’a pas tout dit à la personne disparue. Le non-dit se retourne alors contre soi et se fait chaque fois plus accablant.

Le changement est en nous

Pour diminuer ce sentiment de culpabilité récurrent, qui peut induire des états dépressifs, on peut décider de ne plus se faire autant de mal en acceptant nos limites et en reconnaissant que l’on peut être démuni et impuissant devant les malheurs qui dépassent les forces humaines. Souvent en effet, nous sommes convaincus qu’en modifiant notre comportement, nous aurions pu changer le cours des choses. Mais en imaginant que nous aurions pu prévenir la mort, nous assouvissons notre désir de toute puissance et tombons dans le fantasme de la perfection et de la maîtrise du destin. Nous sommes irréalistes de nous attribuer toutes ces responsabilités face à la mort. Avec le temps, il est assez probable que nous éprouvions le besoin d’affronter notre véritable relation avec la personne décédée et aussi avec la mort elle-même.

Culpabilité ou honte ?

La culpabilité nous pousse à agir pour réparer une faute. Elle a un rôle moralisant et socialisant. La honte apparaît lorsque nous considérons que nous n’avons pas été à la hauteur. Nous projetons alors sur l’autre une puissance de regard négatif et dévalorisant sur nous-mêmes. La honte touche notre identité et la totalité de notre personnalité. Mais oser sortir de la honte, dire ou se remettre en mouvement pourrait, dans un premier temps, sembler trahir celui à qui l’on survit.

La honte, un secret indicible

Le sentiment de honte apparaît dès que nous n’arrivons plus à atteindre les normes d’un groupe humain. Après la perte de notre enfant, nous sommes confrontés à ce que nous pensons être une transgression et un manque de conformité en accord avec la société dans laquelle nous vivons. Aussi, l’idée que notre deuil d’enfant puisse être impensable pour l’autre nous amène à taire les événements vécus et, par extension, tout un pan de vie qui a existé. L’émotion provoquée par la honte inhibe en période de deuil et peut conduire à un sentiment d’exclusion.

Par Valérie Mounier à partir des écrits de Judith Tatelbaum, Christophe Fauré, Jean Monbourquette et Boris Cyrulnik

La culpabilité du parent qui a failli à son rôle
Lorsque l’on perd un enfant, les émotions deviennent très intenses. Un sentiment de honte, de culpabilité peut émerger : “Je n’ai pas su garder mon enfant vivant”, “c’est de ma faute, je n’ai pas réussi à le protéger”. L’impression de ne pas être parvenu à jouer son rôle de parent protecteur, de ne pas avoir pu empêcher ce qui est arrivé. Ces remises en question peuvent être renforcées par des remarques et maladresses de l’entourage. Lorsque la douleur se fera moins vive, lorsqu’on recommence à rire, on peut également se sentir coupable d’éprouver des moments de plaisir avec l’impression de trahir son enfant défunt.
Site Les Mots du Deuil

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