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Quand j’apprends qu’un autre parent a perdu son enfant…

femme-tristeC’est un coup de fil matinal, calme et laconique, qui m’a annoncé que Rose venait de perdre sa fille adulte d’un cancer. C’est un long SMS avec des mots choisis qui m’a appris le décès brutal d’une jeune fille qui avait compté dans la vie de mon fils et dont je connaissais mal la maman. C’est une annonce collective qui m’a coupé le souffle et a accéléré les battements de mon cœur quand j’ai su qu’une femme importante sur mon propre chemin du deuil venait de perdre son enfant.

A chaque fois je vois l’image, de façon presque perceptible, d’un coup porté au creux d’un ventre, d’un visage oscillant entre étonnement et vision d’effroi.

C’est ainsi que j’imagine l’autre maman, l’autre parent d’un enfant qui se voit assigné à la convocation de la mort alors que, au moment du drame qui se vit, je me tiens loin et je ne peux même pas esquisser un geste de compassion.

L’effraction de la mort propulse les très proches dans une dimension presque irréelle et elle attribue aux moins proches un rôle de spectateur impuissant empêtré dans un fauteuil inconfortable pendant qu’il est assiégé par un brusque sentiment d’anéantissement l’empêchant de se lever et de partir.

Et quand c’est l’autre femme qui perd une partie d’elle-même comme moi il y a des années? Quand c’est l’autre qui va traverser le désert sans avoir le désir de boire même au point culminant de l’aridité existentielle?

Face à ce questionnement du parent désormais seul avec lui-même se profile une certitude, celle des larmes que cette autre maman déversera en formant un puits sans fond qui alimentera la rivière qui unit dans son lit tous les chagrins de l’univers.

Moi j’ai tenu d’autres mains après la perte du mien. Est-ce que le lien qui m’unit aux autres êtres a pu transmettre mon malheur? Est-ce ce que j’aurais pu éviter que la malédiction ne s’épande?

Mon cheminement dans le deuil avait forgé ma conclusion intime, celle que la mort est un processus normal de la vie pour tous les êtres qui viennent au monde. Toutefois, face au parent qui perd son petit même quand il est grand, une révolte, un refus viscéral s’insurge en moi pour s’ériger contre la puissance de faits imparables.

Oui s’indigner, s’attrister, se figer ou s’animer à son niveau individuel est un début, pour qu’à un niveau collectif, à chaque fois qu’un parent se joindra à la ronde de ceux qui sont passés par là, d’autres puissent pleurer avec eux, les tiennent contre leur cœur, crient dans la nuit avec eux et les prennent maladroitement par la main pour les pousser, malgré tout, vers d’autres lendemains.

Valérie M.

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