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Mon frère est mort : aujourd’hui je suis sortie de l’enfer et j’avance

Il était beau, il était ma lumière, il avait 35 ans, marié, papa d’un petit garçon de cinq ans. Il venait d’acquérir une maison près de La Rochelle. Il adorait son travail: gardien de la paix motorisé; il s’appelait Frédéric. Il était MON FRERE.

Le 28 avril 2011, il est 18 heures, une angoisse me surprend, quelque chose de grave vient d’arriver. Où ? Qui ? Quoi ? Je ne sais pas mais je le ressens au plus profond de moi.

A 21h30, ce maudit téléphone sonne ; le commandant de Frédéric veut parler à mon mari… J’entends des bribes de conversation, je ne veux pas comprendre ce que j’entends. Mon mari revient vers moi pour m’annoncer que mon frère a eu un accident; un véhicule l’a percuté de plein fouet à la sortie d’un rond point.

Vite prendre la route; nous sommes à six heures de chez lui. Il faut faire vite; dans quel état est-il ? Là, ma vie va exploser : Frédéric est mort cet après-midi vers 18 heures. Je hurle, je frappe, je m’arrache les cheveux, je m’arrache la peau, non pas lui c’est impossible, il y a une erreur.

Il faudra l’intervention d’un médecin pour me calmer et il va prendre la décision de m’hospitaliser. Mon mari aura la terrible charge de prévenir mes parents et ma sœur.

C’était un jeudi ensoleillé, c’est devenu mon jeudi noir.

Je partirai le dimanche contre l’avis des médecins qui veulent m’interner. Là-bas, je vais enfin le voir, réaliser que c’est bien lui dans cette chambre mortuaire.

Les jours suivants, je ne suis qu’un zombie abruti par les cachets et un petit peu par les joints que me file discrètement un copain. Nous serons les pions de la police ; vous devez faire ça, vous mettre là, repartir dans ce véhicule.

Nous ne pourrons qu’en petit comité lui remettre le grade de brigadier; distinction qu’il avait obtenue deux jours après son décès parmi les 2 % de réussites à l’examen. Il sera ensuite promu major à titre posthume. Le vendredi, il reviendra avec nous dans sa chère Baie de Somme, qu’il aimait tant.

Une longue descente aux enfers va commencer pour moi. Je ne me nourris plus, je n’avale que des cachets et de l’alcool pour ne plus penser, essayer de dormir pour ne plus penser. Je m’automutile, tout ce qui peut me faire mal est bon pour moi. Il n’est plus là, pourquoi aurai-je le droit de vivre, de respirer, de manger, de sourire et pas lui ?

Après trois mois, une amie me dirige vers une sophrologue. Tout le monde s’inquiète pour moi, je meurs à petit feu, je veux partir le rejoindre, être avec lui. Cette femme fera tout pour me sauver la vie.

Mais après un an de thérapie, elle va me diriger vers l’association Apprivoiser l’Absence pour que je comprenne comment on vit sans nos défunts. Comment celles et ceux qui ne sont ni la veuve, ni l’orpheline, ni les parents peuvent trouver leur place car il n’y a aucune considération quand vous n’êtes que la sœur de…

A l’association, je vais rencontrer une animatrice sœur endeuillée qui, après des années sans sa sœur, a une vie douce me semble-t-il, sourit. Elle est là pour aider les autres. Une autre animatrice, maman endeuillée va me dire de mettre un cordon sanitaire pour éloigner les gens à l’attitude nocive. Elles sont là toute les deux au nom de l’association Apprivoiser l’absence. Elles sont là toutes les deux dans une bienveillance et dans l’écoute de chacun.

Pourtant quand la première fois elles nous expliquent que la vie continue, que demain sera moins lourd, que nous n’oublions jamais, mais que la vie peut être plus douce : c’est impossible pour moi !
Et pourtant c’est la vérité ! Petit à petit, je vais reprendre goût à la vie, arrêter l’alcool, arrêter l’auto mutilation, et pour les médicaments il me faudra presque 8 ans pour les stopper.

Le chemin sera long et difficile avec des rechutes mais La Vie redeviendra plus douce en effet. Je vais trouver mon chemin spirituel qui va m’aider à comprendre pourquoi lui, où il est. Je vais apprécier à nouveau un coucher de soleil, un oiseau qui chante, la douceur d’une promenade dans notre chère Baie de Somme où il aimait tant aller.

J’ai eu la chance de rencontrer des gens compétents, une famille adorable qui m’a soutenue, qui m’a porté à bout de bras, dans mes phases les plus sombres.

Aujourd’hui, je veux témoigner pour toutes ceux et toutes celles, qui comme moi sont tombés et qui ne voit pas le bout du tunnel. La vie vaut le coup d’être vécue; elle ne sera plus jamais comme avant c’est sûr. Mais, il faut à nouveau apprendre à vivre autrement sans eux physiquement.

Ils seront toujours dans nos cœurs, dans nos pensées; pas un jour ne passe sans qu’ils soient à nos côtés. Frédéric m’aide à chaque moment de ma vie; je lui dois le fait d’avancer, car moi je suis vivante. Je dois être là pour sa femme, son fils, mes parents, mes enfants, mon mari qui eux ont aussi perdu un être exceptionnel.

Alors oui maintenant, je peux le dire, la vie est plus douce. J’apprécie les joies que me fait la vie. Je suis une estropiée de la vie et le serai pour le reste de ma vie mais comme tous les infirmes, j’avance à mon rythme, mais J’AVANCE.
Valérie, 49 ans, sœur de Frédéric, décédé à l’âge de 35 ans, le 28 avril 2011

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