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Après onze semaines…

Un accident de la route, comme il en arrive tous les jours et cette fois-ci c’est nous qui étions touchés. Après onze semaines dans quel état d’esprit je me trouve ?

J’ai beaucoup de difficultés à le définir : acceptation, incrédulité, résignation, incompréhension, déstructuration, colère… Toutes ces étapes qui correspondent au descriptif de l’avancement dans le deuil mais qui se mélangent ou qui amènent des retours en arrière tout à fait incontrôlables.

Toujours est-il qu’il n’est plus là, mon Sébastien ; et que je me demande pourquoi il nous a laissés, alors que nous avions encore tellement de choses à vivre ensemble.

Je n’ai jamais eu une vision très positive de la vie ; ce n’est de loin pas un long fleuve tranquille. Qu’on le veuille ou non, chaque individu, chaque famille rencontrera son lot d’épreuves que l’on parvient ou pas à surmonter. Certains portent “leur croix” toute leur vie !

Alors je me dis que mon fils, en partant à 35 ans, a échappé à ces angoisses, à ces doutes, à ces interrogations, à cette course insensée dans un monde de moins en moins rassurant. C’est une manière d’accepter cet inacceptable. D’un autre côté, j’aurais tellement voulu qu’il vive, comme tout le monde, les aléas de la vie ; les contraintes, bien sûr, mais aussi les bons moments; les fêtes, un repas en famille, une ballade en montagne ou… un coup de main pour finir la terrasse !

Je me trouve complètement désemparé. Quelqu’un, dans les témoignages a dit : “Chaque jour passé atténue ma douleur mais me rapproche de lui”. Rien ne peut me correspondre davantage. Mais pour ma fille, je dois rester “fort”. La disparition de son frère, son modèle, est un véritable cataclysme alors comment imaginer qu’elle puisse perdre, dans un avenir proche, son père…

Vivre la perte d’un enfant est une épreuve sans pareil. Tous les témoignages que j’ai pu lire montrent une détresse que personne ne surmontera. Il faudra s’adapter. La vie d’après ne sera plus la vie d’avant. Ce n’est pas une coupure bien nette mais un arrachement qui laisse une cicatrice douloureuse que nous aurons chaque instant sous les yeux. Malgré tout, il faut survivre. Chaque jour sera pour longtemps, je le constate, semblable au précédent, avec les mêmes angoisses, les mêmes pleurs.

En visionnant des conférences, en lisant, en écrivant, en écoutant des témoignages, je vois que je ne suis pas seul et j’aimerais “avancer”. Nous avons un besoin impérieux de parler de nos disparus et c’est toute la difficulté car seuls ceux qui ont vécu un tel drame peuvent comprendre.

Pourquoi ? La vie pourrait être si belle. Qu’avons-nous fait pour connaître un tel châtiment ? J’essaie, à travers la psychologie et la philosophie de trouver des réponses à mes angoisses. Les questionnements sur le sens de la vie et sur la mort peuvent s’appuyer sur les réflexions de personnalités avec lesquels nous sommes d’accord ou pas mais qui aident à faire son chemin.

Même si je me sens vidé, sans but, sans le moindre projet, je sais qu’il faut poursuivre le cours de son existence en me disant qu’il préférerait que je reste debout; ça c’est une certitude !

Merci à tous pour le temps consacré à la lecture de ces quelques mots et pour les réactions qu’ils pourront susciter.

André

4 commentaires

  1. Bonjour,

    Le 19 septembre 2020, nos vies ont basculé lorsque les gendarmes sont venus frapper à notre porte à 7h45 pour nous annoncer que notre fille de 18 ans venait de perdre la vie dans un accident de voiture... C'est un gouffre immense qui s'est ouvert sous nos pieds et qui ne se refermera jamais pour nous, ses parents, mais aussi pour son frère de 20 ans.

    Chaque samedi matin est devenu pour moi une épreuve sans nom. C'est une douleur innommable, un chagrin incommensurable. Je sais qu'il faut que nous allions de l'avant pour notre fils, mais pour nous également, et c'est ce que notre fille Amandyne aurait souhaité. Nous l'aimions, l'aimons et l'aimerons à jamais et nous savons qu'elle nous aimait aussi; mais c'est tellement douloureux de savoir qu'elle n'est plus là.

    Je vais sur sa tombe chaque jour pleurer, mais je sais que cela ne me la ramènera pas... J'ai des regrets, je m'en veux, je me mets en colère, je me dis que je ne lui ai pas assez dit je t'aime, que je n'ai pas fait assez de choses avec elle... Je regrette tellement...

    Mon mari part travailler le matin à 7h et ne rentre qu'à 19h. Mon fils est à 600km pour ses études. Je suis donc seule à la maison car je ne travaille pas pour le moment, j'ai le temps de ruminer même si j'essaie de m'occuper la journée... Les amis ou la famille m'appelle pour demander des nouvelles, mais quand on vous dit "ça doit être dur ou long pour toi toute seule la journée", ça ne facilite pas les choses. J'en arrive à ne plus répondre à certains appels ou je laisse mon mari le faire.

    Quand je me mets à pleurer, mon mari me dit d'être forte et courageuse, pour notre fils, pour nous et même pour Amandyne qui ne voudrait pas me voir comme ça, mais c'est difficile, j'ai besoin de faire sortir ces larmes, ce poids qui pèse sur moi. J'essaie d'être forte, mais j'ai aussi des moments de faiblesse qui sont légitimes.

    Je sais qu'un jour, on se retrouvera mais pour le moment cette séparation est douloureuse...
    Bon courage à vous également
  2. Bonsoir André,

    Juste un petit mot pour vous dire combien je suis touché par votre deuil et le mots que vous utilisez pour tenter de mettre du sens sur ce qui n'en a pas. Onze semaines et c'est tellement récent en même temps !

    Deux élément sont importants dans votre message :

    1) Vous parlez du descriptif de l'avancement du deuil à juste raison. Ces étapes ainsi définies ne sont qu'une mise sur le papier d'une constatation empirique des ressentis des endeuillés - rappelez-vous que chaque deuil est unique et que le temps sera très variable entre les étapes en question, avec des allers et retours nombreux, incontrôlables et ingérables. Et dites-vous bien que l'expérience montre que pour le deuil d'un enfant ces étapes se comptent en années au total dans la majorité des cas... C'est comme ça et à défaut de l'accepter il faut l'accueillir comme ça.

    2) Vous parlez - et je le comprends - de châtiment. Je ne sais pas si ça peut vous aider mais cette notion (liée bien souvent à notre éducation religieuse) n'existe pas. Vous imaginez un espèce de tribunal "là-haut" ou des juges émettraient des sanctions du type "cette famille là doit être touchée par la mort - nous décidons que..." Non, ce n'est pas comme ça. Bien évidemment votre mental souhaiterait trouver une explication rationnelle à la perte de votre fils mais malheureusement c'est un chemin sans fin.

    Cela ne veut pas dire que dans les mois et années qui viennent vous ne trouviez pas un début de sens à tout ce qui vous arrive - peut-être pas le sens où vous l'entendez aujourd'hui mais une perception certainement différente de la disparition de Sébastien.

    Aujourd'hui, ce qui est important, et vous l'avez commencé au travers de ce site, c'est de ne pas rester tout seul face à ce traumatisme. Vos proches sont aussi en situation très difficile et ce n'est pas leur rôle, aussi seul un aidant (psy) et/ou accompagnant dans le deuil et/ou groupe d'accueil peut vous aider ne serait-ce que de partager vos ressentis en ce moment - aussi difficiles, insupportables, non-entendables soient-ils - cela sera l'un des chemins à prendre pour commencer à trouver un début d'apaisement pour vous et votre corps.
    Bon courage dans ce chemin et dans le tendre souvenir de Sébastien,
    Pascal
  3. Bonsoir André,

    Je viens de lire vos mots : comme ils sonnent juste. Moi aussi j'ai perdu mon fils. Il avait 20 ans et le cancer l'a emporté après de longues années. Moi aussi j'ai une fille. Moi aussi, c'est en mémoire de lui et de son courage et aussi pour ma fille que je suis encore là.

    Un jour, on se retrouvera. Pour moi, c'était il y a cinq ans. Les proches ne comprennent pas toujours que l'on veuille parler de l'absent mais c'est dans le souvenir des vivants qu'il vit encore.

    Merci pour votre témoignage.
  4. Bonsoir André,

    Cela fait trois ans que mon fils est parti brutalement, et je lis vos mots avec beaucoup d'émotion. Tout est dit avec beaucoup de justesse.

    Je parle souvent de mon fils, en parler c'est pour moi le garder, c'est dans le coeur des autres qu'il peut trouver l'immortalité. C'est un peu simpliste mais je ressens les choses comme cela.

    Plus le temps passe, plus j'apprends à contourner ce trou béant en moi, mais plus la profondeur de celui-ci augmente, je l'avoue. L'intensité de cette souffrance restera, je le crains, à jamais la même, mais je regarde les belles choses pour qu'ils les partagent dans mes yeux, j'écoute un vieux tube sur une plage et lui parle pour partager une bière avec son père.

    Ainsi soit-il, voilà comment je trouve finalement que l'amour est plus fort que la mort...

    Merci de vos mots en tous cas

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