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Aidez-nous à maintenir son souvenir en vie

Vous en croisez tous les jours sans le savoir,
Des parents qui ont perdu un enfant.
Ils ont souvent le regard comme éteint, absent, tourné vers leur manque,
Ils ont souvent les yeux brillants, brillants de larmes prêtes à couler,
Ils ont souvent un vague sourire teinté d’amertume en regardant les autres enfants,
Car ils leurs rappellent ô combien douloureusement tout ce qu’ils ont perdu.

Vous les évitez parce que vous ne savez que dire,
Vous changez de trottoir pour éviter de poser cette question “comment vas-tu?”,
Vous ne téléphonez plus car vos appels restent sans réponse,
Vous n’osez pas les inviter pour ne pas leur imposer votre bonheur ou parce qu’ils refusent systématiquement,
Vous ne comprenez pas qu’au bout d’un certain temps ils ne tournent pas la page pour recommencer à vivre.
Seuls restent ceux qui ont l’amitié chevillée au corps, ceux qui ont traversé la même horreur.

Ce que vous ne savez pas, c’est que la perte d’un enfant ce n’est pas “uniquement” la perte d’un être très cher,
La perte d’un enfant c’est l’anéantissement de l’avenir, l’arrachement à vif d’une partie de soi-même, la perte du sens élémentaire de la vie, la perte de tous ses repères et même parfois de son identité.
Chaque respiration devient un challenge, chaque jour se transforme en épreuve.
Le plus petit écueil devient insurmontable, la colère devient parfois une protection quand tout devient trop dur, l’envie d’arrêter sa propre vie nous effleure.
Même la caresse et la parole bienveillante peuvent devenir blessantes.

Alors ne parlez pas si vous ne savez que dire mais dites juste “je suis là”. Et surtout, continuez d’appeler, de laisser des messages, de proposer, car un jour, plus ou moins lointain, un jour un peu moins difficile, nous reviendrons vers vous. Car oui, s’il n’y aura plus de jours vraiment heureux, il y aura des jours moins malheureux.
Plus important encore, laissez-nous parler de notre enfant encore et encore, et parlez-nous de lui. Notre enfant n’est pas devenu un sujet tabou, nous avons besoin de le rendre vivant encore et encore par nos paroles, même si c’est en pleurant. En ne parlant plus de lui, c’est exactement comme s’il mourrait encore et encore. Aidez-nous à maintenir son souvenir en vie.

Natacha Foucot

21 commentaires

  1. Bonjour!

    Ouahh, quel texte!

    Enfin, un texte ancré sur la réalité des parents endeuillés.

    Tout est juste, sensé et tellement réaliste.

    Merci, avec le coeur, de décrire l'abysse de nos tourments.

    Olive
  2. Bonsoir,

    J'ai perdu mon fils de 14 ans le 29 novembre 2018. Il a grillé un stop en vélo parce qu'il jouait à cap ou pas cap, il s'est fait percuter par un camion et a atterri sur la tête. Hémorragie cérébrale, accident le 28 et je l'ai débranché le 29. Ce jour-là, toute ma vie s'est effondrée !

    Je l'ai élevé seul pendant neuf ans, je n'ai vécu que pour lui pendant neuf ans. Après nous avons rencontré mon conjoint qu'il n'appelait pas papa mais le considerait comme tel ! Et pour ses 11 ans, nous lui avons fait son plus grand bonheur : sa soeur! Il l'aimait plus que tout. Suite à son décès, je me suis interdit de craquer parce que ma fille, sa petite soeur, avait encore plus besoin de moi.

    Le 23 décembre, je suis tombée enceinte avec la pilule. J'ai hésité, mais je ne me suis pas sentie capable d'ôter cette petite vie. Du coup, tout s'est enchaîné vite. Ne pouvant accueillir un autre enfant dans l'appartement où nous vivions, il a fallu acheter une maison. Pour cela, nous nous sommes mariés.

    Donc en un an, j'ai perdu mon fils, je suis tombée enceinte, nous nous sommes mariés, nous avons acheté une maison, nous avons déménagé et nous avons accueilli son petit frère. Tout ca en allant au cimetière tous les jours, en lui parlant tout le temps, en lui allumant 25 bougies par jour, en revivant l'accident tout le temps, le revoir pleurer quand je suis arrivée alors qu'il était déjà dans le coma.

    Mais aujourd'hui, je n'ai plus rien à faire, plus de papier pour la maison, plus de dossier pour le mariage. Si m'occuper de mes deux crevettes de quatre ans et de quatre mois. Mais ça ne suffit pas pour étouffer cette putain de douleur qui me fait mal dans tout les os, qui m'étouffe, qui me réveille, je serre tellement les dents que j'en ai mal dans la mâchoire.

    Je ne sais plus comment avancer, la douleur et le manque sont de plus en plus durs, je crève à petit feu même si je sais qu'il faut que je bouge pour mes bébés, je n'y arrive plus. Tout le monde dit avec le temps, ça ira mieux, je ne crois pas. J'ai l'impression d'être dans un gouffre sans fond.

    Je les aime tant mes trois enfants.
  3. J'ai perdu ma fille aînée de 39 ans le 17 juin 2019 après quasiment trois années de combat contre la maladie, trois années d'angoisses, de peurs, de souffrances mais aussi de joies, de doutes et d'espoir! Et puis les trois dernières semaines où l'on vous dit qu'il n y a plus rien à faire sauf... la regarder mourir! Rester là avec elle, ne jamais pleurer devant elle, lui laisser l'espoir... et puis l'entendre hurler "maman aide moi"!

    C'est juste inhumain, dévastateur. On est impuissant! On part avec elle! Oui, cent fois j'ai offert ma vie pour qu'elle vive! Mais je n'ai pas été entendue, ou ça ne marche pas comme ça!

    Votre texte exprime ce qu'une mère peut ressentir lorsqu’elle perd un enfant, une partie d'elle. Et oui, seules les personnes qui vivent cette horreur peuvent comprendre !

    Qu'on se donne toutes la main symboliquement pour avoir plus de force et continuer à vivre pour nos enfants et petits enfants qui sont là, et qui eux aussi ont besoin de nous.
  4. Dix mois que mon ange, mon petit prince est parti, je ne suis plus rien sans lui, je ne vis qu'à travers son souvenir, non je ne peux pas faire de deuil, c'est impossible: comment un enfant en pleine santé de 14 ans peut-il mourir sans crier gare (un péritonite asymptomatique l'a emporté) ?

    Je ne supporte pas de voir les enfants des amies, eux grandissent, je n'arrive plus à m'occuper de sa sœur, d'un an sa cadette, je les aimais tous les deux ensemble, et je ne peux pas n'en aimer qu'un.
  5. Le 17 novembre 2019, ma fille s'en est allée, que c'est triste, tellement difficile.
    J'ai l'impression que je deviens folle.
    Je l'entends partout chez moi. Je sens sa présence.
    Chaque matin un parfum de lys embaume ma maison.
    La barrière de mon escalier s'ouvre et se ferme.
    Mon velux qui s'ouvre.
    Ses pas que j'entends à l'étage.
    Plein de faits qui font que je suis persuadée qu'elle est là.
    C'est l'alcool qui l'a détruite.
    Elle avait 34 ans.
    Je me demande comment survivre après la mort de son enfant.
    J'ai envie de la remettre dans mon ventre
  6. Bonjour
    Le 14 septembre 2019 s'en allait mon amour, ma fille Jenny, ma vie comme on s'appelait souvent. J'entends chaque matin, chaque soir le dernier battement de son cœur sur la machine et ce tracé plat. S'ajoute à notre impuissance face à sa douleur depuis des mois le devoir de l'accompagner jusqu'au bout de sa vie si courte. Alors comment est-ce possible de survivre à de telles épreuves ? Nous parents, jamais on ne peut juste imaginer ça. La vie ne m'intéresse plus sauf pour regarder mes autres enfants, son frère jumeau. Pourquoi doit-on souffrir alors que d'autres non ? ça me paraît tellement injuste, on ne supporte plus de voir les autres rire ou câliner leurs enfants.
  7. Bonjour
    Jai perdu mon fis le 16 juin 2011
    Il avait 30 ans,je suis très triste, très seule ,je pleure beaucoup,il me manque énormément.
  8. Chère Natacha,

    Merci pour avoir partagé ce texte si juste. Nos enfants étaient nos rayons de soleil, et nous avons perdu une grande partie de ce qui illuminait nos vies, nos espoirs de leur bonheur, de leur réussite, des petits-enfants qu'ils nous donneraient. Et ayant connu votre fille, je sais qu'elle rayonnait de sourires et de gentillesse.

    Zoé nous a quitté il y a maintenant plus de 10 ans, et comme pour tant d'autres parents, pas un jour ne passe sans que je ne pense à elle, parfois de façon reposée, parfois dans les larmes les plus intenses.

    Mais maintenant, je ne culpabilise plus de rire, parce que justement, elle aimait tellement rire, elle aimait tellement vivre, à nous de savoir détecter et apprécier ces petits moments tout simples, avec ceux qui restent... avec l'espoir que peut-être, pourquoi pas, un jour, ce sera elle qui me guidera à son tour.

    Bon courage à tous,
    Laurence
  9. Bonjour Natacha,

    Votre texte est magnifique, quand on a vécu une telle épreuve on se retrouve dans vos écrits.

    Le manque de ma princesse est terrible, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Mais à chaque jour suffit sa peine...

    J'ai lu chaque commentaires publié à la suite de votre texte et je transmets toutes mes tendres pensées à ces personnes.

    Je comprends et je partage vos sentiments.

    Affectueusement,
    Audrey
  10. Chère Natacha,

    Merci pour votre texte que j'envoie souvent à des personnes de mon entourage qui ne comprennent pas que je puisse être encore si mélancolique quatre ans après l'assassinat de ma fille Marie au Bataclan.
    Mais comme vous le dites si bien "la perte d’un enfant c’est l’anéantissement de l’avenir, l’arrachement à vif d’une partie de soi-même, la perte de tous ses repères... Chaque jour se transforme en épreuve". Je pense que votre texte leur permet de mieux me comprendre.

    Comme beaucoup d'autres parents endeuillés, je tiens bon malgré mon immense chagrin, pour le frère de Marie mais aussi pour honorer la promesse que j'ai faite à Marie quand je l'ai vue la dernière fois allongée dans son cercueil, être forte pour son petit frère et son papa. Je suis comme quelqu'un qui gravirait l'Everest... Avancer et surtout ne pas tomber car je ne sais pas si je pourrais me relever... Mais l'Everest, c'est haut et c'est si difficile à gravir...

    Merci Natacha.
  11. Bonjour,

    Tout est dit dans votre texte, cela fait deux mois que mon fils Ethan est parti suite à un cancer; il n'y a pas un jour où je ne pense à lui; chaque jours passé est un jour de plus ou je vis avec cette souffrance et cette colère en moi !

    Malgré tout, je dois essayer de continuer d’avancer pour mon épouse et mon deuxième fils.

    Merci
    • Bonjour,

      Je voulais vous dire combien je vous comprends. Je viens de perdre mon fils unique suite à un suicide par pendaison. Il laisse deux petits enfants de deux ans et six ans.

      Oui, vous avez raison, Natacha a tout dit... Permettez-moi de vous donner toute ma sympathie et mon très sincère SOUTIEN pour vous aider dans cette terrible épreuve.

      Merci.
  12. Je suis une mamie. Ma petite fille d'un mois et demi est décédée ce matin à 8h30.

    C'est très dur. Le manque de ma petite fille et soutenir mon fils en même temps. J'essaie d'être forte pour lui.

    Que ma petite Olivia repose en paix. Bon courage à tous ceux qui vivent des moments difficiles.
  13. Merci Natacha. Tout est dit dans ce texte que vous avez si bien écrit...
  14. Mon Renaud nous a quittés il y a 25 ans. C'est très long, mais je pense tous les jours à lui. Quand c'est le soir, j'ai parfois du mal à m'endormir. Mais il m'a tant donné ! Et je crois qu'il me donne encore. Oh bien sûr, il y a de la tristesse, mais j'ai changé, je suis plus sociable, je me rapproche davantage des gens. Et puis j'aime toujours la vie. J'approche de 80 ans, j'irai bientôt le rejoindre, mais seulement lorsque l'heure sera venue.
    J'ai réappris à vivre, à voyager, à rire ; et ceci sans avoir l'impression de lui être infidèle.
    Bon courage à tous les parents qui connaissent ce drame ; votre enfant est toujours en vous et il vous demande de vivre : pour lui, pour vous et pour les autres.
  15. Je pleure depuis bientôt 4 ans et votre message m'a beaucoup parlé car c'est ce que je vis exactement. Merci de ne pas nous oublier nous parents amputés
  16. Bonsoir,
    Votre témoignage est beau mais vraiment triste et sans beaucoup d' espérance.
    Pour avoir moi aussi perdu un enfant il y quelques années. Petit bonhomme blond qui a contracté une leucémie et qui est décédé en 2003. Je pense qu'il faut croire à fond en la vie, être un peu égoïste et rire, profiter. Mais c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire. Et puis, je ne sais pas pourquoi, certains voient le verre à moitié vide et d'autres à moitié plein.
    Prenez soin de vous.
  17. 20 ans que je ne vois plus mon Nicolas parti à 17 ans. Ma peine et ma souffrance sont toujours les mêmes, il me manque tellement, ma vie a été fichue. Je me suis éloignée des gens, je suis différente, je ne vis plus dans le même monde.
    J'ai souffert aussi du comportement de ces gens qui changeaient de trottoir à mon approche, qui regardaient subitement le bout de leurs chaussures, qui m'évitaient. J'ai compris qu'on est bien seul quand on perd un enfant.
    J'espère retrouver mon Nicolas, je lui parle, je lui demande de m'aider à continuer la route, j'ai fait un grand chemin mais le manque de lui est une souffrance infinie.
    • Magnifique texte de Natacha.

      Je suis comme vous, je vis dans un autre monde depuis que j'ai perdu mon garçon d'un coma diabétique, cet été.

      J'ai deux grandes filles adorables et cinq petits enfants. Malgré cela je ne sais pas si je vais réussir à continuer, je fais des efforts chaque jour pour faire bonne figure, mais cela m'épuise.
  18. Voila six années que notre Aude nous a quittés. Je suis dans cette situation où il n'y a pas un jour où mes pensées ne vont vers elle.
    Le temps ne fait rien à cette affaire.
    Oui se souvenir de Aude et parler d'elle, c'est un peu lui donner vie malgré l'absence.
    Le deuil est double; c'est la perte d'un être cher mais aussi l'absence d'avenir. Avant de partir Aude nous avait dit:" c'est injuste, j'avais tant de choses encore à faire". Sans commentaire.
  19. Tout mon respect pour ce témoignage qui m'a boulversée. Si triste mais ô combien vrai. Je vis cela depuis 5 mois. Je pleure toujours...

    Les mots font parfois du bien et parfois du mal, mais c'est difficile l'absence !

    Merci beaucoup

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