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Aidez-nous à maintenir son souvenir en vie

Vous en croisez tous les jours sans le savoir,
Des parents qui ont perdu un enfant.
Ils ont souvent le regard comme éteint, absent, tourné vers leur manque,
Ils ont souvent les yeux brillants, brillants de larmes prêtes à couler,
Ils ont souvent un vague sourire teinté d’amertume en regardant les autres enfants,
Car ils leurs rappellent ô combien douloureusement tout ce qu’ils ont perdu.

Vous les évitez parce que vous ne savez que dire,
Vous changez de trottoir pour éviter de poser cette question “comment vas-tu?”,
Vous ne téléphonez plus car vos appels restent sans réponse,
Vous n’osez pas les inviter pour ne pas leur imposer votre bonheur ou parce qu’ils refusent systématiquement,
Vous ne comprenez pas qu’au bout d’un certain temps ils ne tournent pas la page pour recommencer à vivre.
Seuls restent ceux qui ont l’amitié chevillée au corps, ceux qui ont traversé la même horreur.

Ce que vous ne savez pas, c’est que la perte d’un enfant ce n’est pas “uniquement” la perte d’un être très cher,
La perte d’un enfant c’est l’anéantissement de l’avenir, l’arrachement à vif d’une partie de soi-même, la perte du sens élémentaire de la vie, la perte de tous ses repères et même parfois de son identité.
Chaque respiration devient un challenge, chaque jour se transforme en épreuve.
Le plus petit écueil devient insurmontable, la colère devient parfois une protection quand tout devient trop dur, l’envie d’arrêter sa propre vie nous effleure.
Même la caresse et la parole bienveillante peuvent devenir blessantes.

Alors ne parlez pas si vous ne savez que dire mais dites juste “je suis là”. Et surtout, continuez d’appeler, de laisser des messages, de proposer, car un jour, plus ou moins lointain, un jour un peu moins difficile, nous reviendrons vers vous. Car oui, s’il n’y aura plus de jours vraiment heureux, il y aura des jours moins malheureux.
Plus important encore, laissez-nous parler de notre enfant encore et encore, et parlez-nous de lui. Notre enfant n’est pas devenu un sujet tabou, nous avons besoin de le rendre vivant encore et encore par nos paroles, même si c’est en pleurant. En ne parlant plus de lui, c’est exactement comme s’il mourrait encore et encore. Aidez-nous à maintenir son souvenir en vie.

Natacha Foucot

12 commentaires

  1. Bonjour Natacha,

    Votre texte est magnifique, quand on a vécu une telle épreuve on se retrouve dans vos écrits.

    Le manque de ma princesse est terrible, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Mais à chaque jour suffit sa peine...

    J'ai lu chaque commentaires publié à la suite de votre texte et je transmets toutes mes tendres pensées à ces personnes.

    Je comprends et je partage vos sentiments.

    Affectueusement,
    Audrey
  2. Chère Natacha,

    Merci pour votre texte que j'envoie souvent à des personnes de mon entourage qui ne comprennent pas que je puisse être encore si mélancolique quatre ans après l'assassinat de ma fille Marie au Bataclan.
    Mais comme vous le dites si bien "la perte d’un enfant c’est l’anéantissement de l’avenir, l’arrachement à vif d’une partie de soi-même, la perte de tous ses repères... Chaque jour se transforme en épreuve". Je pense que votre texte leur permet de mieux me comprendre.

    Comme beaucoup d'autres parents endeuillés, je tiens bon malgré mon immense chagrin, pour le frère de Marie mais aussi pour honorer la promesse que j'ai faite à Marie quand je l'ai vue la dernière fois allongée dans son cercueil, être forte pour son petit frère et son papa. Je suis comme quelqu'un qui gravirait l'Everest... Avancer et surtout ne pas tomber car je ne sais pas si je pourrais me relever... Mais l'Everest, c'est haut et c'est si difficile à gravir...

    Merci Natacha.
  3. Bonjour,

    Tout est dit dans votre texte, cela fait deux mois que mon fils Ethan est parti suite à un cancer; il n'y a pas un jour où je ne pense à lui; chaque jours passé est un jour de plus ou je vis avec cette souffrance et cette colère en moi !

    Malgré tout, je dois essayer de continuer d’avancer pour mon épouse et mon deuxième fils.

    Merci
    • Bonjour,

      Je voulais vous dire combien je vous comprends. Je viens de perdre mon fils unique suite à un suicide par pendaison. Il laisse deux petits enfants de deux ans et six ans.

      Oui, vous avez raison, Natacha a tout dit... Permettez-moi de vous donner toute ma sympathie et mon très sincère SOUTIEN pour vous aider dans cette terrible épreuve.

      Merci.
  4. Je suis une mamie. Ma petite fille d'un mois et demi est décédée ce matin à 8h30.

    C'est très dur. Le manque de ma petite fille et soutenir mon fils en même temps. J'essaie d'être forte pour lui.

    Que ma petite Olivia repose en paix. Bon courage à tous ceux qui vivent des moments difficiles.
  5. Merci Natacha. Tout est dit dans ce texte que vous avez si bien écrit...
  6. Mon Renaud nous a quittés il y a 25 ans. C'est très long, mais je pense tous les jours à lui. Quand c'est le soir, j'ai parfois du mal à m'endormir. Mais il m'a tant donné ! Et je crois qu'il me donne encore. Oh bien sûr, il y a de la tristesse, mais j'ai changé, je suis plus sociable, je me rapproche davantage des gens. Et puis j'aime toujours la vie. J'approche de 80 ans, j'irai bientôt le rejoindre, mais seulement lorsque l'heure sera venue.
    J'ai réappris à vivre, à voyager, à rire ; et ceci sans avoir l'impression de lui être infidèle.
    Bon courage à tous les parents qui connaissent ce drame ; votre enfant est toujours en vous et il vous demande de vivre : pour lui, pour vous et pour les autres.
  7. Je pleure depuis bientôt 4 ans et votre message m'a beaucoup parlé car c'est ce que je vis exactement. Merci de ne pas nous oublier nous parents amputés
  8. Bonsoir,
    Votre témoignage est beau mais vraiment triste et sans beaucoup d' espérance.
    Pour avoir moi aussi perdu un enfant il y quelques années. Petit bonhomme blond qui a contracté une leucémie et qui est décédé en 2003. Je pense qu'il faut croire à fond en la vie, être un peu égoïste et rire, profiter. Mais c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire. Et puis, je ne sais pas pourquoi, certains voient le verre à moitié vide et d'autres à moitié plein.
    Prenez soin de vous.
  9. 20 ans que je ne vois plus mon Nicolas parti à 17 ans. Ma peine et ma souffrance sont toujours les mêmes, il me manque tellement, ma vie a été fichue. Je me suis éloignée des gens, je suis différente, je ne vis plus dans le même monde.
    J'ai souffert aussi du comportement de ces gens qui changeaient de trottoir à mon approche, qui regardaient subitement le bout de leurs chaussures, qui m'évitaient. J'ai compris qu'on est bien seul quand on perd un enfant.
    J'espère retrouver mon Nicolas, je lui parle, je lui demande de m'aider à continuer la route, j'ai fait un grand chemin mais le manque de lui est une souffrance infinie.
  10. Voila six années que notre Aude nous a quittés. Je suis dans cette situation où il n'y a pas un jour où mes pensées ne vont vers elle.
    Le temps ne fait rien à cette affaire.
    Oui se souvenir de Aude et parler d'elle, c'est un peu lui donner vie malgré l'absence.
    Le deuil est double; c'est la perte d'un être cher mais aussi l'absence d'avenir. Avant de partir Aude nous avait dit:" c'est injuste, j'avais tant de choses encore à faire". Sans commentaire.
  11. Tout mon respect pour ce témoignage qui m'a boulversée. Si triste mais ô combien vrai. Je vis cela depuis 5 mois. Je pleure toujours...

    Les mots font parfois du bien et parfois du mal, mais c'est difficile l'absence !

    Merci beaucoup

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