« Un an après la mort de notre fils Nicolas, notre famille n’avait pas progressé sur le chemin du deuil. Nous étions tous emmurés dans notre chagrin immense : nous n’allions plus vers les autres, restant incapables de communiquer ou de nous projeter dans l’avenir, souffrant du fait que plus personne ne semblait tenir compte du drame qui nous avait projetés en dehors de nos vies.
Ayant connu l’association au travers du fascicule « Repères pour vous, parents en deuil » qui nous avait été remis à l’IGR (Institut Gustave Roussy) quelques mois avant le décès de Nicolas, nous nous sommes décidés à abattre les masques et à participer à un groupe d’entraide. Nos douze réunions ont été pour moi des moments de partage, de réflexion et d’écoute extrêmement forts.
Notre groupe, constitué de personnes d’horizons très différents, a rapidement réussi à établir les bases d’un dialogue vrai et profond, dans lequel le respect et la compassion sont devenus les bases de notre relation. Cette année passée ensemble, rythmée par les anniversaires de naissance et de mort, par les fêtes et les vacances, m’a permis de comprendre que je n’étais pas anormal et que cette confusion de sentiments dans laquelle je (sur)vivais était commune à tous les membres du groupe. Nous avons souvent ri et pleuré ; nous avons osé nous dire des choses que nous ne pouvions partager avec nos plus proches, voire même au sein de notre couple.
Après cette année de partage intense, je pense être différent : ma plaie reste béante ; mais je sais que je suis sur la même route que mes compagnons, et que mon malheur n’est qu’un parmi tant d’autres souvent plus lourds à porter. Mesurant l’importance de l’aide que nous a apportée l’association Apprivoiser l’Absence, j’espère pouvoir envisager un jour de porter à mon tour secours à d’autres, lorsque j’aurai cicatrisé ma blessure. »