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Archives des comptes rendus de conférences organisées par Apprivoiser l’Absence
 
 
Les répercussions du deuil sur la santé
Enregistrement de la conférence de Marie-Frédérique Bacqué - Paris, 20 juin 2011

Les répercussions du deuil sur la santé

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Le deuil n’est pas une maladie, c’est un processus normal qui dure un certain temps, personnel pour chacun. Mais il entraîne souvent des répercussions particulières sur la santé physique et sur la santé morale : perte d’appétit ou boulimie, insomnies ou fuite dans le sommeil, difficultés de concentration, dépression ou hyperactivité, palpitations ou sentiment d’oppression, angoisses, douleurs corporelles…
Autant de manifestations de la souffrance qui demandent à être reconnues, acceptées et prises en charge.
Marie-Frédérique Bacqué est professeure de psychopathologie clinique à l’université de Strasbourg et présidente de la société de thanatologie. Elle a écrit de nombreux ouvrages sur le deuil et la mort : Le deuil à vivre (1995, réédité en 2000), Deuil et santé (1997), Apprivoiser la mort (2003), L’un sans l’autre (2007), La Force du Lien face au Cancer (2009) et en collaboration avec Michel Hanus (+) Le Deuil (2009).
Vous pouvez réécouter l’enregistrement de la conférence. Le téléchargement peut prendre quelques minutes. Télécharger l’enregistrement.

 
 
 
Ciné-débat Rabbit Hole

Ciné Débat autour du film Rabbit Hole

Enregistrement du débat du dimanche 6 novembre 2011- Cinéma Elysées Biarritz - Paris

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Dans le film Rabbit Hole de John Cameron Mitchell (2010), avec Nicole Kidman et Aaron Eckhart, Howie et Becca tentent de redonner un sens à leur vie chacun à leur manière, huit mois après la mort de leur fils.

L’association Apprivoiser l’Absence avait organisé une projection privée du film Rabbit Hole le dimanche 6 novembre 2011. Le film a été suivi d’une table ronde sur le thème “Parents face au deuil, à chacun son chemin…”
Avec la participation de :
Anne Dauphine Julliand, auteure de “Deux petits pas dans le sable mouillé” (Ed. Les Arènes)
Anne-Marie Revol-Balleroy, auteure de “Nos étoiles ont filé” (Ed. Stock) et Luc Balleroy, son époux
Christophe Fauré, psychiatre, auteur de “Vivre le deuil au jour le jour”, “Après le suicide d’un proche”, “Ensemble mais seuls” (Ed. Albin Michel)
Cette table ronde était animée par Laure Adler, journaliste, auteure de “A ce soir” (Ed. Gallimard), animatrice de groupes Apprivoiser l’Absence.

Vous pouvez réécouter l’enregistrement de ce débat. Le téléchargement peut prendre quelques minutes. Télécharger l’enregistrement.

 
 
 
Pour sortir de la culpabilité
Enregistrement de la conférence de Lytta Basset - Paris, 29 mars 2011
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Crédit Photo Pascal Deloche

Après la mort d’un proche, le sentiment de culpabilité est souvent très présent et obsédant. Se sentir coupable, c’est se faire des reproches de ne pas avoir fait ce qu’il fallait faire, de ne pas avoir vu, de ne pas avoir été à la hauteur… Ces reproches conduisent à un jugement impitoyable sur soi-même et une baisse de l’estime de soi, qui rendent encore plus difficile la reconstruction personnelle. Comment sortir de cette spirale infernale ?




Lytta Basset est philosophe et théologienne protestante ; elle est professeure à l’université de Neuchatel et auteure de nombreux ouvrages, dont : Culpabilité, paralysie du cœur, Ce lien qui ne meurt jamais et Aimer sans dévorer.
Vous pouvez réécouter l’enregistrement de la conférence. Le téléchargement peut prendre quelques minutes. Télécharger l’enregistrement.

 
 
 
La mort d’un frère ou d’une soeur
Conférence - Vannes - Septembre 2010
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De gauche à droite : Dominique Davous, Angéla Triponel, Claire Disdero et Marthe Sébille le 24 septembre dernier à Vannes

Quelque 150 personnes étaient présentes à Vannes à la conférence "La mort d’un frère ou d’une soeur" organisée par l’association Apprivoiser l’Absence en partenariat avec Jonathan Pierres Vivantes.
Marthe Sébille, la réalisatrice du film Enez Eusa, a d’abord présenté son court métrage. Elle a voulu montrer que "malgré le chagrin, il reste toujours une beauté quelque part, insoupçonnable, et qui avec le temps se révèle un jour". La projection du film lui-même permit l’expression d’émotions très fortes dans le public.
Angéla Triponel, coordonnatrice avec Nathalie Hamza du livre "Vivre sans toi" et responsable des groupes frères et soeurs au sein de l’association Jonathan Pierre Vivantes, a ensuite évoqué la très grande souffrance et la solitude souvent oubliées de la fratrie en deuil. Son exposé rythmé par des témoignages lus par Marion Catteau était empreint de grande douceur et de bienveillance. Dominique Davous, auteure et animatrice à Apprivoiser l’Absence, a permis tout au long de la conférence de créer des liens entre le film et le livre, entre les conférencières et le public. "Pour répondre aux besoins de ses enfants, il faut être capable d’entendre", a-t-elle conclu.
Renseignements : Claire Disdero, responsable Apprivoiser l’Absence Grand Ouest - Tél. : 02 97 40 67 32 - Mail : contactvannes@apprivoiserlabsence.com

 
 
 
Le deuil des frères et soeurs
Enregistrements de la conférence-débat organisée par Apprivoiser l’Absence et Jonathan Pierres Vivantes
Le 25 novembre 2010 à Paris, Apprivoiser l’Absence a organisé en collaboration avec Jonathan Pierres Vivantes une soirée sur le thème du deuil des frères et soeurs. Vous pouvez écouter ou réécouter les interventions des conférenciers. Le téléchargement des fichiers peut prendre plusieurs minutes. Bonne écoute.

- François Dill, psychologue et formateur au Centre François-Xavier Bagnoud.
Télécharger l’enregistrement

- Angela Triponel, responsable des frères et sœurs à Jonathan Pierres Vivantes et co-réalisatrice du livre "Vivre sans toi". Les extraits du livre sont lus par Sophie, qui a perdu sa petite soeur.
Télécharger l’enregistrement.
 
 
 
Comment trouver la force de vivre après la mort de son enfant ?
Enregistrement de la conférence de Geneviève Jurgensen - Paris - Juin 2010
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Geneviève Jurgensen est journaliste et écrivain, fondatrice de la Ligue contre la violence routière. Elle a écrit un livre-témoignage 14 ans après la mort de ses deux filles : La Disparition.
Le 10 juin 2010, dans le cadre d’une conférence débat "coeur à coeur", elle a été interviewée par Annick Ernoult, fondatrice de l’association Apprivoiser l’Absence.
Vous pouvez réécouter l’enregistrement de la conférence. Le téléchargement peut prendre quelques minutes. Bonne écoute.
Télécharger l’enregistrement.

 
 
 
Journée des parents 2010
Le Plessis Robinson - 19 septembre 2010

Une journée particulière pour les parents

Témoignage de Florence

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Un mobile a été réalisé avec les prénoms des parents.

Nous nous sommes retrouvés pour un moment particulier, dimanche 19 septembre, invités par l’association Apprivoiser l’Absence.
Chacun de nous a participé pendant un an, il y a plus ou moins longtemps, à un groupe de parole entre parents, pour parler de sa souffrance, de sa panique, de cet éclatement de vie qui suit la mort de son enfant, pour déposer et recevoir le chagrin de l’autre.
J’ai ressenti pendant cette journée une unité, une force de ceux qui veulent essayer d’avancer comme ils le peuvent, mais avec courage.

Les témoignages de parents présents m’ont bouleversée :

- un père qui pense à un banc devant la tombe de son fils, pour être là et prendre un temps avec lui ;

- la musique et la Bible comme liens entre une mère et son fils, que nous recevons comme une danse profonde et entraînante, où nos enfants sont tellement présents ;

- un père qui chante l’amour, son enfant absent, pour un lien qui ne s’efface jamais.

Puis le temps de la parole entre nous, pour cet échange entre rires et larmes, qui nous porte au-delà de cette journée et qui nous permet de partir, toujours aussi perdus mais pas totalement isolés.
Ce lien entre nous est celui qui peut accompagner cette vie qui est, ce chemin qui passe et que nous devons prendre. Le prendre les uns avec les autres nous permet peut être de le continuer.
Florence

 
 
 
La souffrance, partie intégrante de l’humain
Conférence de Lama Puntso - Paris - Mars 2010
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En fixant d’emblée les limites de l’exercice (comment parler sereinement de la souffrance à des parents endeuillés ?), Lama* Puntso a su synthétiser les enseignements du Bouddha pour analyser la souffrance et savoir qu’en faire.
Lama Puntso est président de l’association Semdrel, association bouddhiste d’accompagnement des personnes en deuil et en fin de vie.


Avant propos
Qu’est-ce qui dans l’enseignement du Bouddha peut être pertinent, autour du thème de la souffrance, pour des parents qui ont perdu leur enfant ?
Une histoire peut situer le sujet. Un jour, une femme qui venait de perdre son enfant vient voir le Bouddha et lui dit :
Puisque tu es l’Eveillé, tu vas faire revenir mon enfant à la vie.
Oui, bien sûr, répond le Bouddha. Mais pour cela, il faut que tu me rapportes trois grains de moutarde blanche d’un lieu où personne n’a connu la mort.
La femme se met en quête et se rend rapidement compte que mener à bien cette tâche est impossible : dans chaque lieu où elle trouve trois grains de moutarde, quelqu’un est décédé un jour, un parent, un frère, un oncle, etc.
La femme prend conscience du caractère universel de sa situation. Cela ne résoud en rien sa souffrance mais quelque chose en elle s’apaise. Elle organise alors les obsèques de son enfant puis revient voir le Bouddha et le remercie de lui avoir fait prendre conscience de l’universalité de sa situation.
Que conclure de cette histoire ? En soi, la souffrance de perdre un enfant n’a pas de sens. Mais une fois qu’elle est là, la seule question qui vaille est la suivante : qu’est-ce que je fais de cette situation ? On peut décomposer cette interrogation en trois sous thèmes :
1/ Qu’est-ce que la souffrance ?
2/ Qu’est-ce que je fais avec cette souffrance ?
3/ Comment la souffrance peut revêtir une dimension spirituelle ?

1/ Qu’est-ce que la souffrance ?
Qu’est-ce que le Bouddha a vécu ? Il y a 25 siècles, dans le nord de l’Inde, voilà un homme qui vit dans un environnement totalement privilégié aussi bien financièrement qu’affectivement : ses parents ont tout fait pour lui éviter la souffrance. Il vit comme un prince sans que l’idée de souffrance arrive jamais dans ses sensations. A un moment donné, il sort de sa prison dorée et voit la souffrance de la maladie, de la vieillesse et de la mort.
Comment réagit-il ? Il en vient à réfuter l’idée que la vie normalement devrait bien se passer. En effet si l’on reste avec cette idée préconçue, quand la souffrance survient, elle est vécue comme quelque chose qui n’aurait pas dû se passer. Le Bouddha dit non : le souffrance qui nous arrive, ce n’est pas quelque chose qui aurait pu être évité si... Non, la souffrance est inhérente au processus de vie.
Même si c’est difficile à entendre, il faut accepter que lorque l’on met un enfant au monde, on donne également la possibilité de le perdre.

La souffrance du deuil n’est pas une injure à notre destin mais inhérente à l’humain

Le Bouddha pose ainsi la souffrance comme inhérente au vivant. C’est la vérité de la souffrance.
Le Bouddha ne pose pas cela pour que nous subissions les choses. Mais pour qu’en acceptant ce que nous vivons, nous puissions travailler avec.
En quoi consiste précisément cette chose sur quoi nous devons travailler car chacun semble avoir sa propre version de la souffrance ? C’est un ensemble de causes et de circonstances expérimentées comme une douleur.

- Selon le Bouddha, il n’y a pas une souffrance mais cumul de souffrances. En effet, la douleur de la perte, de vivre ce qu’on ne voulait pas vivre, d’être confronté à tout ce que l’on ne voulait pas expérimenter ne constitue qu’un aspect de la souffrance. A cela viennent s’ajouter :

- La souffrance du changement. En quoi consiste-t-elle ? Le fait d’être attaché à quelque chose qui nous fait vivre, qui nous nourrit, que l’on aime nous fait oublier que cette chose peut s’arrêter. Or, perdre ce que l’on aime fait partie du vivant.

- La souffrance en formation. C’est la souffrance inhérente au vivant, ce sentiment que dans la relation à l’autre, il y a toujours quelque chose en trop ou pas assez…

2/ Qu’est-ce que je fais avec cette souffrance ?
Quel sens peut-on donner à la perte d’un enfant ? Cette souffrance n’a aucun sens en elle-même. Pourtant cette expérience est là pour nous faire grandir et en plus faire grandir les autres. Bien sûr que la douleur que l’on expérimente est absurde. On perd ce que l’on a de plus cher, mais en même temps est-ce que l’on peut transformer cette souffrance et poser un regard sur l’autre qui soit bienveillant ? C’est là le défi. Une analogie peut éclairer ce propos. Quelqu’un court tous les jours 20 kms. Si on vient lui demander si c’est douloureux, il va évidemment répondre : "oui". Si on lui demande si c’est de la souffrance, il répondra : "non, c’est de l’entraînement".
Comment faire pour ne pas subir cette souffrance uniquement comme une victime ? Nous avons besoin que les choses fassent sens, dans les deux sens du terme : qu’elles revêtent une signification et qu’elles pointent une direction. La méditation bouddhiste consiste à accueillir ce que l’on vit pour en faire une rencontre libératrice. "Puisque ce que cela fait partie de mon existence, quel sens puis-je lui donner ?" Je peux vivre ma douleur comme un événement de ma vie qui peut me faire grandir.

3/ Comment la souffrance peut-elle revêtir une dimension spirituelle ?
En quoi, cette souffrance peut me libérer et de quoi ? Même si c’est difficile à entendre, l’agréable n’est pas forcément synonyme de bonheur ; il ne faut pas nécessairement rejeter le désagréable. Cette souffrance que je vis, je peux petit à petit m’en servir pour devenir plus humain, pour retrouver une forme plus équilibrée de bonheur.
Autrement dit :
Est-ce que l’on souhaite être heureux ? Parfois la souffrance est tellement forte qu’on en doute. Mais généralement, on répond oui.
Est-ce que la recherche du bonheur est légitime ? Oui
Est-ce que les autres recherchent le bonheur ? Oui
Le bonheur n’a de valeur que s’il est bon à la fois pour moi et pour les autres.
Enfin, il faut parvenir à assumer l’impermanence ; en Occident, nous ne sommes pas éduqués pour faire face au changement et nos avons plutôt l’habitude de figer les choses ; dans les pays orientaux, une mère sait que si elle met au monde un enfant, elle peut aussi le perdre. En occident, c’est tabou.
Concrètement en contemplant cette idée, on peut entendre petit à petit que toute expérience douloureuse fait partie de l’humain. On pourra petit à petit accepter que la souffrance n’a de sens que celui que je lui donne...

* Lama : titre donné à un enseignant religieux du bouddhisme tibétain.

 
 
 
"Avec le temps, ça ira mieux !" Qu’en est-il pour la mort de son enfant ?
Conférence d’Annick Ernoult - Apprivoiser l’Absence - Décembre 2009

Lorsque l’on perd un enfant, le temps vole en éclats et l’on risque de perdre ses repères. Lors de sa conférence du 4 décembre 2009, Annick Ernoult a analysé ce phénomène et proposé des moyens d’apprivoiser ce temps paradoxal qui nous sépare de notre enfant, mais qui, dans le long terme, apaise finalement notre douleur. Avec la chaleur et la sincérité qui lui sont coutumières.

Celui qui ne respecte pas le temps marche dans l’obscurité
Proverbe chinois

Lorsque l’on perd un enfant, le temps vole en éclats. Le passé est arrêté par la mort de l’enfant. Le présent est cisaillé par l’absence. Et l’on n’espère plus rien de l’avenir. Et l’entourage, inquiet, va nous dire cette fameuse petite phrase : "Tu verras, avec le temps, ça ira mieux."

Dans la société d’aujourd’hui, où tout doit être efficace, comment appréhender ce temps de deuil ? Cinq pistes de réflexion ont été développées :

- Le temps qui explose

- Le temps qui devient pesant

- Le temps qu’on a l’impression d’avoir gaspillé

- Le temps qui nous éloigne de notre enfant

- Le temps du deuil qui ne nous est pas accordé
C’est le temps « ennemi ».

Les petites phrases, comme "Tu ne vas pas encore mieux ?", sont ressenties comme des jugements.
Les réactions de l’entourage sont mal interprétées : les proches manifestent leur propre inquiétude, leur malaise de voir souffrir, leur impuissance à aider.
On est mal à l’aise avec l’idée sous entendue : faire son deuil, c’est oublier. Le présent semble aller dans le sens de l’oubli. On ne retrouve plus la voix, on contemple les vêtements suspendus... Le jour où les parents comprennent qu’ils n’oublieront jamais est très important.

Comme le dit Geneviève Jurgensen, journaliste, écrivain, mère de deux petites filles disparues dans un accident de la circulation : "Les gens ne sont pas plutôt morts, les décombres ou les canons de fusil fument encore la catastrophe est à peine annoncée, les victimes ne sont pas encore dénombrées, l’épouvante commence seulement à s’épandre et hardi donc, il faut faire son deuil… Faire son deuil, c’est consommateur de temps, d’intelligence, d’égards et d’amour. On croit d’abord qu’il faut faire le deuil des murs qui furent détruits, des gens qui vous furent arrachés. Et puis c’est de soi qu’un jour on découvre qu’il faut faire le deuil. Ce soi intact auquel il faut renoncer. Faire son deuil, c’est consentir à devenir quelqu’un d’autre. Le contraire de l’évacuation, l’intégration. Avec votre permission, ce sera long." (La Croix 29-30 sept. 2001)

Apprivoiser le temps pour en faire un "ami"


Puisqu’on ne peut pas arrêter le temps, la seule façon de faire, c’est de l’apprivoiser.

- Nous avons besoin de temps pour lécher nos blessures. Après la colère, laissez-vous le temps de la tristesse.

- On peut évoquer le temps devant un témoin ; cela revient à épingler les événements, à se lancer dans une quête pour rassembler les morceaux de ce puzzle : il faut avoir du temps pour faire remonter les souvenirs.

- On peut tenter une réécriture du temps par la parole. Si au début on n’évoque que ces souvenirs si difficiles, il va falloir du temps pour évoquer les souvenirs heureux. L’objectif est de passer du souvenir à la mémoire.

"Faire le deuil, c’est en quelque sorte apprendre à passer du souvenir à la mémoire.
Le souvenir enferme dans le passé et les regrets ; il ne tarde pas à prendre l’allure de regrets et les regrets ne tardent pas à avoir le goût du remord.
La mémoire par contre projette dans l’avenir... Faire mémoire d’un jeune, c’est se remémorer tout ce qu’on a partagé de fort avec lui et ce partage continue de nous rendre fort aujourd’hui."
Jean-Marie Petitclerc ( "Et si on parlait du suicide des jeunes", Presses de la Renaissance, p. 101).

Quelques moyens d’apprivoisement

- Les lieux de parole amicaux, associatifs ou professionnels.

- L’écriture pour coucher sur le papier les mots qui se bousculent. "Aujourd’hui, je suis une commode où tout est en désordre." Ecrire, cela permet de mettre un peu d’ordre. Ecrire, c’est mettre un barrage entre le temps et soi.

- Les photos. Elles sont le témoin d’un temps qui n’est plus. Elles aident les parents à reconnaître l’enfant qui n’est plus là. Faire un album, parfois longtemps après, permet de rassembler les pièces du puzzle.

- La lecture de livres sur le deuil et de témoignages.

- La spiritualité. Tout ce qui donne du sens est bénéfique. Nous sommes seuls à pouvoir donner du sens à la mort de notre enfant.

Le temps, source d’apaisement

Quand les années se comptent en dizaines, l’absence commence à prendre doucement sa place. Il faut au moins cinq ans à la souffrance physique provoquée par l’absence pour lâcher prise. Et quelques années encore pour qu’elle laisse place à la "douce peine", comme disent les Québécois : ce n’est plus cette peine qui laboure, qui déchire.
Il demeurera toujours une cicatrice qui pourra se rouvrir à l’occasion d’autres pertes. On reste en effet vulnérable à l’inquiétude.

Avec le temps, tout se transforme

Avec du temps et du soutien, l’absence de notre enfant peut habiter nos coeurs paisiblement. A deux conditions :

- Avoir pu travailler cette perte ;

- Avoir rencontré sur notre chemin des oreilles et des coeurs capables de nous accompagner.

Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui
Proverbe chinois

 
 
 
Ensemble mais seuls
Conférence de Christophe Fauré - AG Apprivoiser l’Absence - Juin 2009
Compte rendu

Transcrire une conférence de Christophe Fauré est presque impossible : sa gestuelle, son regard, la chaleur de son ton, voire ses onomatopées comptent autant que ses propos. Néanmoins pour ceux qui n’ont pas pu assister à notre assemblée du 9 juin dernier, pour ceux qui étaient présents et qui veulent se rafraîchir la mémoire, nous en retraçons ici les très grandes lignes.

Un mythe tenace

Il faut tordre le cou à un mythe tenace : celui qui affirme que lorsqu’un enfant disparaît, deux couples sur trois volent en éclat. Rien ne vient étayer cela. La plupart du temps, lorsqu’il y a rupture, il y avait déjà des difficultés avant. A l’inverse, on voit des situations très chancelantes se solidifier. Néanmoins, la mort de l’enfant met un stress considérable dans le couple. Différences d’attitude entre les hommes et les femmes Les hommes et les femmes ont des manières différentes de gérer leurs émotions. L’homme a besoin de solitude, de retrait pour vivre le deuil. Mais il a aussi besoin d’agir, de faire des choses. Il est capable de se plonger dans son travail même s’il est dévasté de l’intérieur. Se déroulant hors de la maison, son travail constitue une pause dans la peine. L’épouse peut en nourrir du ressentiment : "Toi, tu continues à vivre". La femme montrera, elle, une capacité à exprimer ses émotions, à mobiliser un réseau de soutien. Face à un homme qui ne parle pas, elle pourra penser : "Mon mari est insensible". A l’inverse, ce dernier peut avoir des réflexions telles que : "elle parle en boucle, elle me tire vers le bas, elle s’apitoie sur son sort". Pour la mère, nommer sa peine se suffit en soi. Mais face à ce chagrin exprimé, le père peut se trouver en situation d’impuissance : il est en effet habitué à résoudre un problème dès qu’il se présente. Là, comme il ne peut rien, il tentera de fuir dans la colère. Alors que le simple fait d’écouter est l’acte qui peut apaiser son épouse. Les hommes sont moins bien équipés pour supporter une charge émotionnelle négative. Le père apprend donc à ne rien dire pour se protéger.

On préfère se taire

Le couple peut être tenté de faire une relecture de ce qu’il a vécu. On se renvoie l’un à l’autre des reproches : "Tu as été trop dur en telle et telle circonstance". Des remarques douloureuses, particulièrement en cas de suicide. On s’enferme alors dans le silence par peur des représailles. Mais le silence distille un reproche que l’on n’ose pas dire.. Parfois, on le cache tellement que cela ressort au bout d’un an. Conseil : même s’il est légitime de ne pas vouloir se disputer, essayons de nous dire, quand nous allons bien, nos griefs pour désamorcer les conflits.

Le point d’ultime solitude

Imaginez que vous êtes une sphère. On est né tout seul et on va mourir tout seul au centre de cette sphère : notre point d’ultime solitude. Le deuil nous propulse à l’intérieur de cette sphère, il nous contraint à habiter ce lieu. Le couple peut être vu comme l’adjonction de deux sphères, deux boules de pétanques, plus ou moins éloignées, ou proches à se toucher. Néanmois, il demeurera toujours une distance entre leur centre. "Il y aura toujours des lieux de solitude ultime où tu ne pourras jamais me rejoindre... L’erreur est de croire que tu devrais pouvoir." Aimer quand on est en deuil, c’est donner à l’autre la possibilité de découvrir ce lieu intérieur.

Le pont d’amour

L’amour, c’est un pont entre deux rivages. Cette image permet de respecter l’autre dans son mystère. "Ne me demande pas de te rejoindre, tu ne le peux pas." C’est très important. En revanche, il faut veiller à l’entretien, à la maintenance du "pont". Il faut savoir faire alterner les états "tout seul" et "avec toi" : "Où tu en es ?" Sinon on risque de se perdre de vue.

La sexualité

Il est indispensable de parler de cette intimité. En effet, après la perte d’un enfant, les relations sexuelles sont fondmentalement perturbées. Parfois pour deux ou trois ans. Dans l’étape de déstructuration du deuil (six à dix mois après le décès), le vécu dépressif entraîne une perte du désir, une perte de la libido :"J’ai pu envie..." Cela peut s’accompagner d’une énorme culpabilité d’éprouver du plaisir alors que l’enfant est mort. C’est une source d’agressivité si le compagnon et la compagne ne sont pas synchrones. La femme recherchant dans la relation le côté câlin, le cocooning, quelques préliminaires.... L’homme, lui, trouvant un apaisement dans la jouissance.

Comment se rejoindre ?

Constat : on est blessé. Il faut oser le dire : "Je suis blessé. J’ai des besoins différents des tiens". Il y aura, c’est incontournable, des moments de distance, des moments où l’on se découvrira différents : "Toi souffrant comme ça, je ne l’aurais pas imaginé ! Toi, fermé comme ça ! Toi, généreux comme ça !" On sera vigilant à ne pas se disputer pour des âneries. Il faut arriver à tenir cette attitude sur la durée. Et une fois l’orage passé, il se peut que l’on se dise : "Ce que nous avons traversé ensemble est précieux". Tout l’enjeu étant de parvenir à cette conclusion : "Je te rechoisis".

 
 
 
L’association Apprivoiser l’Absence en vidéo

Pourquoi des groupes d’entraide ?

Dans cette vidéo, Annick Ernoult, la fondatrice, explique les raisons de la création de l’association Apprivoiser l’Absence.


Comment nous rencontrer ?

Cette vidéo explique comment faire partie d’un groupe d’entraide au sein de l’association Apprivoiser l’Absence.


Comment fonctionnent les groupes d’entraide ?

Cette vidéo explique comment fonctionnent les groupes d’entraide de l’Association l’Absence.


Apprivoiser l’Absence : nos valeurs

Cette vidéo présente les valeurs de l’association Apprivoiser l’Absence, groupes d’entraide pour parents en deuil.

 
 
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